23.fév.2012
zéro
Cela se passe dans un lieu de grande affluence, à l’heure du dîner.
Autour, l’on parle sans écouter, l’on rit sans pleurer, l’on avale sans mâcher, l’on jacasse, l’on tracasse, l’on éructe, l’on rugit, l’on gruge, l’on régurgite.
J’embroche un cube de pomme de terre en salade d’un coup de fourchette bref et précis. Je dirige le cube là où il doit aller. Je lis un curieux ouvrage portant sur la machine à traduire, écrit au temps où l’on croyait encore que les ordinateurs seraient un jour capables de tout.
J’entends un fracas à ma droite. Une vieille dame tousse. Je tourne la tête; un homme, qui racontait je ne sais quoi, se lève triomphant, et conclut: «…y pisse deboutte!» Douze rires lui éclatent au visage.
Une fille voit une autre fille: elles hurlent, sautillent, émettent des cris stridents.
On renverse un bac de poisson pané.
À la radio, une mauvaise chanson m’implore de recommencer tout à zéro.
J’avale ma dernière bouchée, sans la mâcher.
