À propos de l’auteur

Que fait l’auteur lorsqu’il ne nourrit pas la bête? Surprenons-le brièvement dans son habitat naturel et observons-le…

On le voit, il est là, avec Ludger Patentroff (son ami de longue date), leurs postérieurs posés sur des chaises dépliées, regardant le boulevard se répandre devant eux.

— C’est tranquille, ce soir.
— Une journée bien ordinaire.
— Ouais, ordinaire.
— Trop ordinaire.
— Bah, ça nous permet d’apprécier les bonnes journées, par effet de contraste!
— Toi et tes maudites théories…
— Quoi? Qu’est-ce qu’elles ont mes théories?
— Tu essaies tout le temps de tout expliquer avec tes foutues théories.
— Y’a pas de mal à essayer de comprendre le monde qui nous entoure, non?
— Expliquer le monde, je veux bien, mais tu t’es jamais dit qu’il y avait des choses qui ne s’expliquent pas?
— Certainement. C’est d’ailleurs l’une de mes théories préférées. Mais il y a un problème.
— Un problème?
— Oui. C’est que, vois-tu, Ludger…
— OH! REGARDE!
— OH! OH!
— OH! Oh, merde.
— Il a raté le lièvre.
— Dommage.
— D’un autre côté, la bête est encore vivante.
— C’est un bonheur bien mièvre de voir survivre un lièvre. Ça manque de tripes, d’hémoglobine, de dégoulinant.
— T’es dégueulasse.
— Je te signale que tu es assis ici avec moi, à attendre la même chose que moi, pour les mêmes raisons que moi.
— Tu n’as pas tout à fait tort.
— Tu disais quoi, déjà?
— Quelque chose à propos d’une théorie ou d’une autre…
— Ah oui, ça me revient… Tu admets donc qu’il y a des trucs qui ne s’expliquent pas!
— Sans doute, mais il y a un problème.
— Tu l’as déjà dit, ça.
— C’est vrai.
— Alors, il est où le problème?
— À force de se dire qu’il y a des choses inexplicables, on finit par croire que certaines choses qui sont tout à fait explicables ne le sont pas. Il y a risque de tomber dans la complaisance.
— Si tu le dis. Mais explique-moi, alors, comment cet énergumène pu réussir à se faire élire.
— Bonne question. Merde.
— Quoi?
— Je ne sais plus quoi penser.
— OH! Là! Le tracteur! Le chien de prairie!
— OH!