fictions

Une fiction est une fiction est une fiction. Que dire de plus?

29.fév.2012
poutine

«Qui donc est Pierre Poutine?», demande l’auteur de cet article.

On croirait que tout cela n’est qu’une blague, une supercherie, mais à la vérité il n’en est rien.

Pierre Poutine, le saboteur d’élections, le maniganceur téléphonique, le bandit des grandes prairies, l’homme à la tête fromagée, est bien réel.

Grâce au précieux secours de nos espions, qui scrutent sans relâche les plus sombres repaires des partis politiques et des restaurateurs rapides, nous avons pu mettre la main, en exclusivité, sur une rare photographie de l’énigmatique et insaisissable Pierre Poutine:

Pierre Poutine

Qui sait où il frappera ensuite?

23.fév.2012
zéro

Cela se passe dans un lieu de grande affluence, à l’heure du dîner.

Autour, l’on parle sans écouter, l’on rit sans pleurer, l’on avale sans mâcher, l’on jacasse, l’on tracasse, l’on éructe, l’on rugit, l’on gruge, l’on régurgite.

J’embroche un cube de pomme de terre en salade d’un coup de fourchette bref et précis. Je dirige le cube là où il doit aller. Je lis un curieux ouvrage portant sur la machine à traduire, écrit au temps où l’on croyait encore que les ordinateurs seraient un jour capables de tout.

J’entends un fracas à ma droite. Une vieille dame tousse. Je tourne la tête; un homme, qui racontait je ne sais quoi, se lève triomphant, et conclut: «…y pisse deboutte!» Douze rires lui éclatent au visage.

Une fille voit une autre fille: elles hurlent, sautillent, émettent des cris stridents.

On renverse un bac de poisson pané.

À la radio, une mauvaise chanson m’implore de recommencer tout à zéro.

J’avale ma dernière bouchée, sans la mâcher.

09.oct.2011
chronique rhabienne 2

Un monument à l’effigie du Grand Bovin, cent-soixante-seize tonnes d’or de toute première qualité, surplombait les fidèles.

Ils étaient des centaines et des centaines, tous des hommes, genoux fléchis, postérieurs relevés, embrassant fiévreusement la terre rougeâtre. L’ombre de la Divine Bête réchauffait leurs nuques et purifiait leurs âmes.

Seuls quelques insectes profanes, ignorant tout des rites ancestraux du pays de Rhabie, osaient défier le silence.

Puis un homme se leva; un homme aussi grand qu’il était large; les tempes argentées; les dents disparates; une cape tachetée de noir et de blanc sur ses épaules; un anneau au nez; des cornes sur la tête. Il regarda les cieux, ses muscles se raidirent, sa mâchoire s’écarquilla; du fond de ses entrailles s’éleva lentement un borborygme mugissant, d’abord presque inaudible, puis de plus en plus puissant, et qui bientôt fit trembler toute la vallée.

Des larmes inondèrent le sol. S’il fallait résumer la scène en un seul mot, ce mot serait «béatitude».

Au loin, à l’horizon, trois avions de chasse.

14.sept.2011
chronique rhabienne 1

Il faisait bon vivre en pays de Rhabie. L’eau coulait sous les ponts; le vent, venu de l’ouest, était leste; un soleil vermeil tapissait la plaine.

Ce matin-là, le Grand Chlife Abdo Kessasar et son domestique Matapouf frappèrent à la porte d’une petite maison blanche. On leur ouvrit; on se prosterna.

- Mon… oh Grand Chlife! C’est un honneur. Que puis-je pour vous servir?
- Vous le savez, Monsieur Zoupta.
- Ma foi, je n’en sais rien.
- Vous ne pouvez l’ignorer.
- Et pourtant, je l’ignore!
- Songez un instant à ce que pourrait vous coûter le mensonge.
- Mais, mais…
- Monsieur Zoupta, que faisiez-vous hier après-midi, à 14h21 très précisément?
- Je, je…
- N’étiez-vous pas en train de tondre la pelouse?
- Maintenant que vous le dites, peut-être bien… peut-être bien que oui…
- Et ne saviez-vous pas que de tondre la pelouse, un dimanche après-midi, entre 14h14 et 15h15, est strictement interdit par la Loi?
- Mais c’était le seul moment…
- Ne le saviez-vous pas?
- Mais, je, mais…
- Ne saviez-vous pas que cela est un affront au Grand Bovin? Ne saviez-vous pas que ce moment était sacré? Ne saviez-vous pas que c’était l’heure du Glorieux Broutement?
- Oui, oui, oui, de grâce, je le savais!
- Monsieur Zoupta, vous payez toujours votre impôt et vous êtes généralement un bon citoyen: aussi je fermerai les yeux sur votre défiance et je ne vous ferai pas couper la langue.
- Merci, oh Grand Chlife, votre bonté est infinie!
- Mais vous n’en avez pas moins avez insulté le Grand Bovin. Selon les Commandements du Grand Livre, il me faudra donc, en guise de rétribution, vous lacérer le coude, vous arracher les molaires et vous briser une rotule.
- Je sais.
- Matapouf.

Zoupta ouvrit la bouche, étira le bras. Matapouf soupira, empoigna son sabre.

07.sept.2011
corrosif

Il a mené tous les combats, soutenu toutes les causes, décrié toutes les injustices; il ne reste maintenant devant lui que l’injustice suprême.

Dévoré par les années, tel a fini par devenir Igor le Corrosif: insensible aux grands cataclysmes, accablé par la moindre fissure à la surface de la peau.



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