j’ai une opinion

Bien que ce ne soit pas du tout la vocation de ce blogue, il arrive parfois que cela me démange, pour le meilleur et pour le pire, d’émettre une opinion.

03.mar.2012
carré rouge

Socrate ne porterait pas le carré rouge.Socrate ne porterait pas le carré rouge.

Socrate vous dirait plutôt: «Qu’est-ce que le carré rouge?»

Et vous: «C’est un symbole que l’on peut choisir de porter sur soi pour signifier son appui aux étudiants québécois, face à la menace gouvernementale d’une hausse radicale et inconsidérée des frais de scolarité.»

Et Socrate: «Vous dites beaucoup de choses. Mais assurons-nous de bien savoir de quoi nous parlons, et reprenons tout cela depuis le début. Qu’est-ce qu’un symbole?»

S’ensuivrait une interminable cortège de questions. «Qu’est-ce que l’aide financière?» «Qu’est-ce que le Québec?» «Qu’est-ce que la démagogie?» «Qu’est-ce qu’un bout de chandelle?» «Qu’est-ce qu’un jambon?» «Qu’est-ce qu’une dette?» «Qu’est-ce que l’année 1968?» «Qu’est-ce que le gaz lacrymogène?» «Qu’est-ce qu’une idée?» «Qu’est-ce qu’un nuage?» «Qu’est-ce que le Kraft Dinner

On n’en finirait pas.

Oubliez Socrate, et portez le carré rouge, si toutefois le cœur vous en dit.

16.sept.2010
mignon

phoque C’est une opinion très répandue, en ce monde, que de s’opposer à la chasse aux phoques.

Spontanément, mon instinct me dit que je suis de ceux à qui cette chasse répugne. Mais, quelque part dans les sombres recoins de mon cerveau, un doute persiste, une question émerge. Ne se révolte-t-on contre la chasse aux phoques que parce que ces animaux sont mignons, et que le mouvement que l’on fait pour les abattre semble absolument brutal?

Où sont, pendant ce temps, les groupes de défense des poissons, les manifestations en faveur des crustacés? Ils se font rares, n’est-ce pas? Peu de gens se portent à la défense de ces êtres des fonds marins, et si nous n’hésitons pas une seconde à plonger un homard vivant dans l’eau bouillante, il ne nous viendrait jamais à l’idée de le prendre dans nos bras et le caresser tendrement.

Nous savons ce que deviennent les boeufs, les porcs et les poulets, mais leur vue ne nous enchante guère; aussi fermons-nous les yeux et choisissons-nous sciemment de dissocier ces images mentales des morceaux de viande qui gisent dans nos assiettes. Ces animaux n’existent presque pas en tant qu’animaux, points aveugles de la chaîne alimentaire. Ils ne seront jamais mignons qu’en filets. Ainsi persiste la conscience du carnivore.

Bref, plus la vue d’un animal nous enchante, plus notre envie de le cajoler est forte, et plus les châtiments qu’on lui infilge nous sembleront cruels, inhumains.

C’est précisément pour cela que personne ne bronche lorsque le sang d’un homme, ce triste animal, coule à la télévision, mais que le spectacle du moindre ti-chat égorgé met aussitôt le peuple en colère.

22.juil.2010
viande (bis)

On se souviendra peut-être de cette affiche, où je me moquais d’une certaine organisation pour qui les animaux ont plus de valeur que les hommes. Pour propager leur important message à travers le monde, ces gens commettent moult réclames publicitaires qui consistent, pour l’essentiel, à montrer au grand jour la chair dénudée des femmes afin de nous convaincre de ne plus manger celle, découpée, apprêtée et rôtie, des animaux.

Sans le savoir, j’anticipais sur la nouvelle qui allait venir. Pamela Anderson, qui milite au sein de la susdite organisation, visita, quelques semaines plus tard, les terres bénies de Montréal. Au nom de son groupe, elle voulut lancer cette affiche publicitaire, sur la place publique, devant l’hôtel de ville:

Pamela Anderson découpée comme un quartier de viandeRemarquez le joli syllogisme (tronqué):

  • Tous les animaux ont les mêmes parties;
  • Or, les hommes sont des animaux;
  • Donc, manger la chair animale équivaut à manger la chair humaine.

La ville de Montréal, comme de raison, s’empressa d’interdire la campagne publicitaire. Rien à voir, cependant, avec le discours végétariste de Pamela, ni avec les subtiles allusions au cannibalisme.

Non, ce n’est pas ce qui préoccupa les dirigeants de cette ville parsemée de filles de joie et de cabarets burlesques. Non! Cette image, dirent-ils entre deux crises d’apoplexie, est trop osée! Une telle quantité de peau dénudée, comme chacun sait, est dangereuse: elle porte atteinte aux bonnes moeurs de nos concitoyens. Cachez cette viande que nous ne saurions voir!

Pendant ce temps, les esprits mal tournés verront cette affiche, et se diront sans doute qu’il ne reste que trop peu de chair comestible sur cette svelte nymphette.

02.juil.2010
pour des idées

TRès-rorisme

Quelques illuminés ont fait exploser quelque chose près de chez moi. Ces gens, nous apprennent les journaux qui se sont empressés de publier leur récriminations, en ont contre «l’oligarchie marchande», les «sinistres pétrolières», «l’expansion impérialiste», enfin contre le «racolage intensif par l’armée d’une jeunesse confrontée au vide d’une société avilissante».

Toutes choses qu’il m’est arrivé, et qu’il m’arrive encore parfois, de dénoncer (en des termes moins teintés de militantisme ringard, sans doute; mais passons).

Certes, on l’a entendu sur toutes les tribunes: à peu près tous les gens éclairés s’entendent pour décrier cette même «guerre impérialiste» qui horripile nos réactionnaires; mais pourquoi diable voudrait-on davantage d’une «guerre internationaliste»?

Et surtout, n’y a-t-il pas a un gouffre abyssal d’ironie à dénoncer l’action militaire lorsque notre principal argument est une bombe?

À travers les décombres, me vient en tête un vieux refrain. Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente…

26.jan.2010
le changement (bis)

Je relis ce texte, dont la première version fut écrite il y a sept ans déjà, et que j’ai retravaillé et publié ici-même, sur ce bloye. Car, oui, la bête aime parfois à se nourrir de réchauffé.

Il semblerait que j’étais un tantinet cynique, en ces temps reculés. Je levais le poing au ciel, je pestais, je protestais. Il vous suffisait alors de porter une cravate pour que je vous déteste. Tout était si simple.

Sept ans plus tard, je relis ce texte, où je me moquais sans retenue de l’homme politique. Et si, à bien des égards, l’homme politique n’a rien perdu de son caractère risible, je ne peux m’empêcher de songer que tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît.

Quel métier ingrat que celui d’homme politique! Que peut-on dire, que peut-on faire, sans s’attirer les foudres des médias, des groupes de pression, des économistes, des environnementalistes, des compagnies, des lobbies, des minorités visibles ou invisibles, de la gauche, de la droite, du centre-gauche, du centre-droit, du des-fois-à-gauche-des-fois-à-droite, du à-gauche-en-haut-dans-le-coin-non-pas-là-un-peu-à-côté, enfin de l’électorat en général?

Oui, l’homme politique a de lourdes chaussures à porter. Le problème, c’est que l’essentiel de son travail consiste à marcher sur des oeufs.



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