phobies
La liste des divers objets provoquant chez certains des peurs irrationnelles est vaste, et fort divertissante. Chose certaine, les blogophobes n’aimeront pas cette section.
| nourris-moi | l'étrange blogue de Nelson Guilbert |
La liste des divers objets provoquant chez certains des peurs irrationnelles est vaste, et fort divertissante. Chose certaine, les blogophobes n’aimeront pas cette section.

(à lire avec la douce voix de Charles Tisseyre)
Cette semaine à Découverte: ce rarissime spécimen de salade sauvage aux diachylons, que nous avons eu la chance inouïe de surprendre dans son habitat naturel, se réfugie parfois dans les caves de certains restaurants de Trifluvie. Cette indomptable salade possède un mécanisme de défense incroyable, extraordinaire, unique au monde: la capacité d’effrayer deux types de prédateurs fort répandus dans cette région du globe: les sinapophobes (qui craignent les pansements) et les lachanophobes (qui frémissent à la vue d’un légume).
Observons, une fois de plus, quelles expressions tordues les gens pianotent dans leurs moteurs de recherche pour découvrir, bien malgré eux, cet amas de phrases rapiécées que j’ose appeler un blogue.
Apparemment, l’on peut aboutir ici alors que l’on voulait plutôt trouver des bras pour peu de choses, un blogue sur les renards, une onomatopée marteau piqueur, ou le site www.pamela-lee-anderson-nouris-au-sein.com; alors que l’on se posait d’impertinentes questions telles que louis de cespédès est-il homosexuel, ou encore que fait on des enfants de la; alors que l’on n’avait que d’yeux pour des prototypes de je vous prie d’excuser cette intrusion lettre ou de voici votre reçu marché; alors que l’on voulait comprendre les événements historiques du 6 novembre 1948 à 14h58 ou déterminer les origines de la phobie du clic clac.
Parlant de phobies, je ne sais que penser de cette curieuse statistique: entre tous les billets que je me suis mêlé de publier, le plus sollicité par les moteurs de recherche est celui sur la butyrophobie. Il semble que la peur du beurre fascine bien des gens, et que les autorités googliennes me considèrent comme une sommité en la matière. Ce dont je suis fort aise. Ah, que tous ceux dont le sang fige à la vue d’un bloc de demi-sel viennent à moi!
Pendant ce temps, un seul désespéré aura daigné s’enquérir de cette autre crainte culinaire, moins répandue, sans doute, mais bien réelle: la buritophobie.
Sophophobie: la peur d’apprendre.
Et si cette peur était contagieuse?
Et si une virulente épidémie de sophophobie se propageait à travers notre vaste pays, infectant petit à petit toutes les couches de la société, gagnant chaque jour du terrain?
Et si nos élus et nos gestionnaires assuraient sans le savoir la gestation et l’incubation de ce fléau, et que nos charmants médias étaient à leur insu de puissants agents pathogènes?
Et si, un jour, l’épidémie prenait tant d’ampleur que le monde, tel que nous l’avions connu et aimé, s’enfonçait doucement dans la barbarie la plus débilitante?
Vous direz que j’exagère, sans doute. Mais cela expliquerait beaucoup de choses.
J’ai peur de la peur de la peur de la peur de la peur…
Celui qui est atteint de phobophobie peut-il faire autrement qu’être emporté dans un perpétuel tourbillon de frayeur?
Pourquoi a-t-on peur du chiffre 13?
Il est précédé du mythique douze; il précède l’infortuné quatorze; c’est un nombre premier (c’est tout de même quelque chose); c’est le digne représentant de l’aluminium dans la table périodique des éléments; il est trop souvent mis au rancart quand vient le temps de numéroter les chambres d’hôtel, les sièges d’avion, les salles de cinéma, les noms de rues, les lits d’hôpitaux, les étages dans les immeubles; on dit en outre que les italiens l’ont banni de leurs billets de loterie, que les français peuvent se payer les services d’un «quatorzième» pour les accompagner à la table, qu’enfin les américains ornent leur billets de banque de 13 étoiles, d’une expression de 13 lettres, «Annuit Coeptis», d’un drapeau à 13 rayures, d’un compas à 13 trous, de 13 olives, de 13 feuilles, de 13 flèches et d’une pyramide à 13 étages.
Avouez qu’il y a là de quoi frémir!
Mais qu’a donc fait ce pauvre nombre pour mériter tout cela? Quelles mortelles angoisses animent les paraskevidékatriaphobes, qui tremblent à l’approche du vendredi 13, les hellotridécatabulophobes, qui pâlissent à l’idée d’être le 13e convive dans un repas, et les triskaidékaphobes, qui fuient le chiffre 13 lui-même?
Toutes ces craintes, comme chacun sait, relèvent de la plus haute superstition. Comme tous les autres nombres, celui-ci traîne derrière lui une interminable succession de hasards, de catastrophes, de bonheurs et de malheurs, de chances et de malchances, de croyances et de symboles. Et pour le plébéien moyen, ce fantasmagorique fatras peut encore être d’une lourdeur désespérante…
Aussi faut-il se réjouir qu’ un certain M. Cammalleri fasse fi de toutes ces balivernes et, portant fièrement le 13, lance, et compte!