les caprices

ni trop beau, ni trop laid
ni trop chaud, ni trop frais
ni trop faux, ni trop vrai

elle voulait des éléphants
des arbres blancs
des soleils exotiques
il voulait un grand vacarme
des mers de larmes
des gestes héroïques

ni trop lui
ni trop elle
les caprices
les querelles
qui vrombissent
comme des crécelles

ni trop long, ni trop court
ni trop contre, ni trop pour
ni trop léger, ni trop lourd

il voulait des caméras
des plafonds bas
une peau de lézard
elle voulait du karaté
du rhum ambré
des accords de guitare

ni trop elle
ni trop lui
les caprices
les envies
qui pourrissent
comme des zombies

silence

non t’es pas obligé
de meubler le silence
la marque de ta voiture
le vent dans tes rideaux
l’odeur de la friture
et tes abdominaux
on s’en balance

je ne sais pas pourquoi
tu as peur du silence
les signes du zodiaque
ton billet de loto
et ton plancher qui craque
les cris de la radio
mais où est l’urgence

quand vas-tu arrêter
d’étouffer le silence
laisse-le respirer
il a besoin de repos
le rire de la télé
la chaleur du tombeau
ton obsolescence

recette

c’est la saison des opinions
elles poussent comme le chiendent
leur pollen porté par les vents
bourgeonne dans tous les salons

épluchez-les grossièrement
leur pelure n’est pas comestible
et leur chair a un goût horrible
mangée sans assaisonnement

tranchez-les en fines lamelles
avec un couteau dentelé
vos paupières seront irritées
par les vapeurs émotionnelles

jetez-les dans un grand chaudron
avec des faits circonstanciels
beaucoup d’eau et un peu de sel
que tout se mêle à gros bouillons

servez-le avec du fromage
aux chroniqueurs de bas étage
qui pourront martiner leurs pages
fortifiés par ce lourd potage

austérité

des larmes de couteaux
ont percé nos genoux
selon le règlement

des jeudis de brouillard
emplissent nos semaines
un geyser de ciment

des poutres souterraines
rongées par les querelles
nos rêves chancelants

une chasse aux sorcières
sur les trottoirs obscènes
le feu est innocent

nos pages effritées
la friture ambiante
un râle rassurant

des promesses austères
tombées du quatorzième
la main du président

ils ont peur

ils ont peur
de l’œil de la police
du poids des édifices
des tigres édentés

ils ont peur
des boîtes de conserve
du sourire de Minerve
des paupières ridées

ils ont peur
du pleur des cantatrices
des cheveux des ministres
des chats abandonnés

ils ont peur
de la main qui partage
des lueurs de l’orage
des failles du plancher

ils ont peur
du rythme des artères
des arbres en colère
des cadavres légers

ils ont peur
du bien comme du mal
des odeurs marginales
des murmures en papier