j’ai voté pour un escargot

j’ai voté pour un escargot
le peuple a élu le crapaud
la ville est un porte-manteaux
le vrai est un moment du faux

j’ai voté pour une caresse
le peuple a élu la vitesse
les fonctionnaires de l’ivresse
avalent de rouges promesses

j’ai voté pour un grand hasard
le peuple a élu le miroir
le sourire des vieux lézards
le blanc est un moment du noir

tes mauvais souvenirs

j’ai un joli pied-à-terre
près de la mer enragée
au bout du chemin de pierre
sous le soleil argenté
qui embrouille l’horizon
et qui retient tes sourires
dans la province sans nom
de tes mauvais souvenirs

les voisins sont peu bruyants
enchaînés au bord du lit
hormis ton premier amant
qui hurle de peur, la nuit
les repas qui te dégoûtent
nous les mangeons sans frémir
dans le pays en déroute
de tes mauvais souvenirs

tu examinais tes doigts
je fixais la mozaïque
tu voulais du cinéma
je préférais la musique
un ou deux mots de travers
contrarièrent tes désirs
et je devins pensionnaire
de tes mauvais souvenirs

au bal des âmes caduques
que tu voudrais oublier
ma main a frôlé la nuque
d’une amie abandonnée
et c’est depuis ce moment
que je ne veux plus partir
de l’instable continent
de tes mauvais souvenirs

les cheveux du poète

les cheveux du poète dégoulinent
ruisselants de sueur et de caféine
de rimes sèches et d’huile de cuisson
et qui sait, d’une larme de goudron

le parfum du poète s’éparpille
un composé de crasse et de vanille
de poivre noir, d’entrailles de poisson
et qui sait, d’un peu de poudre à canon

le gilet du poète se déchire
maculé des humeurs d’un vieux satyre
éclats de vers et traces de crayon
et qui sait, une tache de savon

l’estomac du poète dégobille
un amas de pain rance et de lentilles
d’alexandrins, de suie et de houblon
et qui sait, une goutte de poison

le regard du poète s’illumine
à la vue des fleuves et des protéines
des courbes fauves et des caméléons
et qui sait, des fenêtres des prisons

la langue du poète se tortille
vautrée sous l’herbe comme une chenille
à coup de verbes, elle tisse un cocon
et qui sait, se muera en papillon

harmonie

brise-moi le crâne
je te casserai la jambe
coupe-moi la main
je déchirerai ta langue
tire mes cheveux
j’écraserai tes phalanges
crions en harmonie

défonce ma porte
j’arracherai tes rideaux
détruis ma télé
je brûlerai tes journaux
démolis la chambre
je ruinerai le bureau
conjurons notre ennui

mangeons la rivière
et déracinons les arbres
enculons la terre
et maquillons les cadavres
tuons le soleil
et roulons-nous dans le sable
rions jusqu’à minuit

leggings léopard

quand tu enfiles au seuil du soir
tes lestes leggings léopard
la soif embrase les trottoirs
le vent déchire les remparts

quand tu enfiles au seuil du soir
tes lestes leggings léopard
les yeux pétillants des paillards
les os cambrés de part en part

quand tu enfiles au seuil du soir
tes lestes leggings léopard
la salive et le nonchaloir
la condensation sur le bar

quand tu enfiles au seuil du soir
tes lestes leggings léopard
l’impatience des charognards
aveuglés par les gyrophares

quand tu enfiles au seuil du soir
tes lestes leggings léopard
la caresse et le désespoir
le sifflement de la bouilloire

quand tu enfiles au seuil du soir
tes lestes leggings léopard
je rampe comme un vieux lézard
les yeux enrobés de brouillard