à louer à vendre

à louer
à vendre
à vendre
à louer
en ville c’est la fête
c’est la fête dans le désert
c’est la fête et les gens saignent
un sang noir et sucré
derrière les vitrines blanches
à louer
à vendre
les corps désaffectés
les coudes qui s’entrechoquent
les yeux rouges, les yeux pâles
pulsations de vie
pulsations de mort
à vendre
à louer
vapeurs vertes, complexes
de taurine et d’alcool
de sueur et d’ennui
c’est la fête dans le désert
dehors l’air beige
caresse l’asphalte
étouffe la lumière
se frotte sur les murs
mous et perplexes
à louer
à vendre
un râle bleu marine
émerge du quartier voisin
dans le garage d’un comptable agréé
un râle à peine perceptible
un vrombissement
qui aspire tout
ce soir c’est la fête
et mes poumons sont vides
placardés de plywood
la clé dans la porte
les fougères desséchées
les petits tourbillons de poussière
le sable sec sur ma tête
ma tête incolore
à louer
à vendre
à vendre
à louer

le tiroir de babel

il y a un jour ou mille
jacques écoutait son maître lui dire
que tout était écrit là-haut
sur une espèce de grand rouleau
mais bientôt les vents contraires
en ont déchiré les pages
et les ont dispersées ici et là
est-ce que l’on sait où l’on va?

mais il y a une heure ou trois
j’ai eu le sentiment étrange
que chaque mot que j’écrivais
avait déjà été écrit
par mille mains secrètes
par des regards saturés de codes
qui copient jusqu’à nos silences
et savent mieux que nous
où l’on va.

le pape des évidences

sur les rives de l’échiquier
loin du regard des boomers et des tatoués
le pape des évidences

a rencontré des mères de famille
qui ignorent les coups de gueule d’amour inutile
et se précipitent dans les failles

des artistes du dimanche
qui se fondent dans la foule
sur le lac de trahison

des gourmets engagés
qui ont fini par manger la révolution
du cœur à la moelle des os

et je ne connais plus de ville
de sous-continent
je ne connais plus d’histoire
de mouvance

ne reste qu’une poutine inavouable
dans un boui-boui disparu

bon appétit, mon ami

Lortie remixée #6
http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/marie-claude-lortie/201704/22/01-5090955-montreal-ou-toronto-qui-est-la-plus-delicieuse-.php

post-vérité

Ma vérité est plus belle que la tienne
Elle me dit à l’oreille de chercher le néant
Ma vérité a des cheveux d’ébène
Et louange l’évangile du grand charlatan
Ma vérité a des bras infinis
Et souhaite chasser tous les rois de leurs trônes
Ma vérité n’a pas peur de la nuit
Elle chante lentement dans l’œil du cyclone