pensées électorales

Quelques phrases glanées dans mes conversations à propos des élections provinciales qui, paraît-il, avaient lieu aujourd’hui même.

– On dira sans doute que c’est une mauvaise idée que l’on puisse voter à 16 ans parce qu’à cet âge, l’on est souvent impulsif, irresponsable, immature, influençable et mal informé. Mais n’est-ce pas déjà le cas d’une large part de l’électorat?

– Le pouvoir est un puissant aphrodisiaque.

– Il faut admettre que la question de la souveraineté vient foutre le bordel dans tout cela.

– Ah, c’est donc ainsi que vous voyez cela, dans votre univers parallèle?

– Aimerais-je mieux me crever les yeux avec des aiguilles, ou m’insérer des charbons ardents dans le rectum?

– Monsieur Mamelonet est défait, Madame Rotiroti est élue.

– J’ai l’impression que les adversaires de la souveraineté ont tellement martelé que ce projet était une lubie des seventies, qui n’est plus de saison, que ce ne sont que des rêves révolus de poètes barbus, que cette idée a fini par faire son chemin et s’incruster dans la conscience des gens.

– Le pantin est parti, mais les marionnettistes ne sont pas loin…

indigestion

Les quelques personnes qui passent encore par ici doivent sans doute se demander: la blogo-bête est-elle au régime? On la sous-alimente; pire, on l’affame; et quand enfin on la nourrit, on ne lui sert que des croûtons et de la salade. Combien de temps, encore, avant que le monstre ne s’auto-dévore?

La vérité, c’est que la bête fut victime, cet été, d’une légère indigestion. Elle n’en pouvait plus de toute cette révolte, de toute cette indifférence, de toute cette bêtise à la une des journaux, de tout ce prêchage aux convertis, de tous ces gens sérieux, de toute cette folie politisée; elle n’en pouvait plus de mâcher et remâcher le même morceau de viande, la même boule de nerfs et de tirailles, la même interminable et indigeste bouchée.

Puis, dans cet été de désert mental, je me suis souvenu des mots que j’avais écrit il y a bientôt trois ans, et qui devaient définir la raison d’être de ce blogue: «Le défoulement par l’écriture. L’écriture par le défoulement. Écrire, surtout. Écrire sur tout. Écrire sur rien. Écrire pour écrire. Parce que même si j’écris n’importe quoi, au moins j’aurai écrit quelque chose». Que cela soit bon ou mauvais, pertinent ou impertinent, peu importe; l’important n’est-il pas que cela soit?

Si la bouffe est indigeste, donc, il n’y a qu’à changer le menu.

Et peu à peu, la bête retrouve l’appétit.

changer l’histoire

Ces jours-ci, un certain groupe de musique «humoristique et engagé» fait des vagues. Il ne doit sa notoriété ni à la qualité de ses textes, ni à l’originalité de ses compositions, mais surtout au fait que son œuvre glorifie à l’extrême le thème de la fureur révolutionnaire. Oh, et à ces images, l’une où l’on invite à coups de lettres de scrabble à «tuer Martineau» (mot compte double), l’autre où un Delacroix parodié montre Amir Khadir et un homme déguisé en banane triomphant d’un Jean Charest à l’agonie. Deux images, trois accords et un scandale plus tard, cet épouvantail musical aura attiré à la fois l’admiration des révoltés, le frisson des épidermes sensibles, et les foudres des médias et du gouvernement.

Mais, au-delà de leur réputation gonflée à l’hélium, que nous disent ces belliqueux troubadours? Considérons ce refrain au style approximatif, où l’on se récrie contre l’à-plat-ventrisme prétendu de manifestants étudiants qui scandent «on reste pacifiques» devant l’oppression policière:

C’est pas les pacifistes qui vont changer l’histoire
On pitche des pavés et pis on brûle des chars

Ouf.

D’abord, ceci: ils sont libres de chanter ce que bon leur semble, vous êtes libres de les écouter et d’acheter leurs disques, je suis libre d’admirer leur audace et déplorer leur balourdise.

Cela étant, il me semble – corrigez-moi, si je me trompe – qu’il y a moyen d’être pacifiques sans toutefois s’allonger comme des carpettes. Que de rester debout devant le tumulte, c’est déjà faire preuve de courage. Que l’on peut s’indigner, crier sa colère, vomir son fiel, mais sans brûler, sans casser, sans donner des armes à Frisounet qui cherche à se faire réélire en exploitant la violence pour effrayer mononcles et matantes.

Mais si c’est en «pitchant des pavés» que l’on change l’histoire, vous changerez l’histoire sans moi.

carré rouge

Socrate ne porterait pas le carré rouge.Socrate ne porterait pas le carré rouge.

Socrate vous dirait plutôt: «Qu’est-ce que le carré rouge?»

Et vous: «C’est un symbole que l’on peut choisir de porter sur soi pour signifier son appui aux étudiants québécois, face à la menace gouvernementale d’une hausse radicale et inconsidérée des frais de scolarité.»

Et Socrate: «Vous dites beaucoup de choses. Mais assurons-nous de bien savoir de quoi nous parlons, et reprenons tout cela depuis le début. Qu’est-ce qu’un symbole?»

S’ensuivrait une interminable cortège de questions. «Qu’est-ce que l’aide financière?» «Qu’est-ce que le Québec?» «Qu’est-ce que la démagogie?» «Qu’est-ce qu’un bout de chandelle?» «Qu’est-ce qu’un jambon?» «Qu’est-ce qu’une dette?» «Qu’est-ce que l’année 1968?» «Qu’est-ce que le gaz lacrymogène?» «Qu’est-ce qu’une idée?» «Qu’est-ce qu’un nuage?» «Qu’est-ce que le Kraft Dinner

On n’en finirait pas.

Oubliez Socrate, et portez le carré rouge, si toutefois le cœur vous en dit.

mignon

phoque C’est une opinion très répandue, en ce monde, que de s’opposer à la chasse aux phoques.

Spontanément, mon instinct me dit que je suis de ceux à qui cette chasse répugne. Mais, quelque part dans les sombres recoins de mon cerveau, un doute persiste, une question émerge. Ne se révolte-t-on contre la chasse aux phoques que parce que ces animaux sont mignons, et que le mouvement que l’on fait pour les abattre semble absolument brutal?

Où sont, pendant ce temps, les groupes de défense des poissons, les manifestations en faveur des crustacés? Ils se font rares, n’est-ce pas? Peu de gens se portent à la défense de ces êtres des fonds marins, et si nous n’hésitons pas une seconde à plonger un homard vivant dans l’eau bouillante, il ne nous viendrait jamais à l’idée de le prendre dans nos bras et le caresser tendrement.

Nous savons ce que deviennent les boeufs, les porcs et les poulets, mais leur vue ne nous enchante guère; aussi fermons-nous les yeux et choisissons-nous sciemment de dissocier ces images mentales des morceaux de viande qui gisent dans nos assiettes. Ces animaux n’existent presque pas en tant qu’animaux, points aveugles de la chaîne alimentaire. Ils ne seront jamais mignons qu’en filets. Ainsi persiste la conscience du carnivore.

Bref, plus la vue d’un animal nous enchante, plus notre envie de le cajoler est forte, et plus les châtiments qu’on lui infilge nous sembleront cruels, inhumains.

C’est précisément pour cela que personne ne bronche lorsque le sang d’un homme, ce triste animal, coule à la télévision, mais que le spectacle du moindre ti-chat égorgé met aussitôt le peuple en colère.