les saintes-nitouches linguistiques s’affolent

Et puis, Tintin en joual?

Pour ma part, je n’en pense pas grand chose. Mais j’en ai ras le ponpon d’entendre les Saintes-Nitouches linguistiques s’époumonner sur la place publique à la vue de cette infâme bande dessinée. Assez avec cette histoire! Vraiment, on s’hérisse le poil des bras pour peu de choses; moi, ce qui me choque davantage, ce sont ces réactions hystériques devant ce qui n’est au fond qu’une fantaisie de linguiste qui a mal tournée, à laquelle on prête à tous vents des intentions de corrompre notre pôôôvre langue française! J’en ai marre des vierges offensées qui crient sans cesse «j’ai mal à ma langue! j’ai mal à ma langue!» chaque fois que quelqu’un prononce un mot de travers!

Je lis l’article de Lysiane Gagnon dans la Presse, et j’en ai presque le goût de vomir. Je veux bien croire que «Colocs en stock» est un titre tout à fait ridicule, qu’il est en effet maladroit de faire parler tous les personnages avec le même patois, et que l’idée même de traduire quoi que ce soit en joual est passé de mode depuis 1982. Mais qui a dit que l’intention du traducteur était de déclarer le joual comme langue officielle du Québec, de remplacer la version originale de Tintin dans les classes par celle-ci, de corrompre nos institutions, notre système scolaire, nos jeunes? Qui a dit cela, sinon les critiques qui font une absurde tempête dans ce si petit verre d’eau?

Et je lis ces commentaires d’une autre matante qui, mélangeant les pommes et les marteaux-piqueurs, profite du débat pour se lancer dans une critique de la réforme proposée de la langue française:

Au lieu, donc, de hausser la qualité des cours de français à l’école, on veut abaisser la langue française au niveau des paresseux. Selon moi, simplifier la grammaire et l’ortographe pour que nos enfants puissent l’apprendre, est le contraire ce de qu’il faut faire. De plus, imaginez tous ces aînés, dont je suis, qui devront tout réapprendre!

Quoi? Cette dame se ferait la chanteresse d’une culture de l’effort dans les écoles, mais redouterait la perspective de faire elle-même un petit effort de réapprentissage?

Oui, beaucoup d’absurdités se sont dites et écrites, pour un toupet roux pis de l’eau dans cave

I don’t want relationship, I just want blog blog blog

Blog blog blog.

Un blogue doit être nourri pour vivre, cela va de soi. Mais de quels aliments se nourrissent les blogues?

De n’importe quoi, dit-on. N’importe quoi qui comporte des lettres combinées pour donner des mots, qui se suivent dans ce que l’on appelle communément des phrases. Remarquez, ce ne sont pas tous les bloguistes (blogueurs? blogomaîtres? blogouneurs?) qui font des phrases complètes; à peine certains font-ils des phrases.

N’importe quoi, donc? Ouais.

– Je pourrais déverser ici tout le contenu de mes tripes (métaphoriquement ou pas), crier au monde mon existence;

– Je pourrais jouer les vierges offensées et me scandaliser pour tout et pour rien;

– Je pourrais partager mes intérêts pour diverses disciplines, telles la plongée en eau douce, le tricot ou le boulingrin;

– Je pourrais encore dénoncer les pas-fins, chasser les sorcières, protéger les otaries, défendre le veuf et l’orpheline;

– Je pourrais aligner une interminable série de photos de chiens, de paysages, de fleurs, que les quidams pourraient admirer;

– Je pourrais même, à la limite, écrire en langage binaire (ce qui me fait penser à cet excellent mot d’esprit: 010 0 010 1110 111010);

Mais je ne ferai rien de tout cela.

Non.

Le défoulement par l’écriture. L’écriture par le défoulement. Donner corps aux idées, folles et moins folles, qui traversent fugitivement mon esprit.

Écrire, surtout. Écrire sur tout. Écrire sur rien. Écrire pour écrire. Parce que même si j’écris n’importe quoi, au moins j’aurai écrit quelque chose.

Blog blog blog.