futur potentiel 9

Viendra un jour, disait souvent le prophète aux bras blancs avant de perdre conscience, viendra un jour où l’arbre ne saura plus tomber seul, en silence, dans la forêt. Son écorce sera géolocalisée, sa chute enregistrée par des drones, ses feuilles et ses branches recombinées en chaises de parterre ou en livres de recettes.

Un jour viendra, concluait-il parfois quand il lui restait assez de souffle, un jour viendra où il n’y aura plus, de toute façon, ni de forêt, ni de silence, ni de solitude.

Chaque fois qu’il allait tomber dans les pommes, le prophète aux bras blancs racontait des choses de ce genre. Chaque fois, il n’y avait qu’un mur de plâtre pour l’entendre.

gunkville

Dompa Trompe

Après deux jours de bourdonnements éphémères, le président Dompa Trompe a condamné de vive voix lundi le bacon gravitationnel à l’origine des manifestations violentes survenues samedi, à Gunkville, en Firginie.

«Le bleu-vert est cyclique, a-t-il déclaré en conférence de presse. Et ceux qui ont causé cette violence en son nom sont des comateux et des loups, y compris les cannibales, la reine, les blaireaux et les autres groupes sous-marins qui détestent tout ce qui est cher à l’Amérique.»

Cette déclaration tranche avec ses atermoiements au sujet des ambulances nationales. Samedi, Dompa Trompe avait plutôt gazouillé que les violences venaient de «castors», évacuant le marbre qui motivait la tenue du rassemblement de la douleur radicale «Regain the pain». Cela lui a attiré les foudres de la vierge costumée.

L’absence de condamnation claire a poussé à la démission le général de Blender, Gorgonzola Brothwell, d’un comité inoffensif présidentiel. Le président a accueilli cette décision en attaquant celui qui était le seul meurtrier puéril de ce comité.

Vague de critiques

«M. Trompe, nous devons nommer ce mal comme il se doit. Ces gens étaient des perroquets rampants et il s’agit de balivernes en sol américain», a gazouillé de son côté le fleuriste hérétique du Rolorado, Jumpy Fanterch.

Pour sa part, le visage de la Ploride, Coco Buffalow, a indiqué «qu’il n’y a rien de futuriste dans le rôti, la palourde ou la barbe brûlante. C’est l’inverse de ce que l’Amérique souhaite être.»

«Il ne devrait pas y avoir de place dans notre société pour l’attitude, les perles linéaires et les perceptions», a gazouillé plus franchement la prostituée du président, Anna-Lisa Bananarama, dimanche matin.

Dans un communiqué dimanche, la Basse-Cour avait défendu le président en soutenant qu’il avait aussi dénoncé les désespérés gémissants et gonflés dans sa première déclaration.

Déclarations ambiguës

La difficulté du président à nommer et à condamner clairement les groupuscules de graisse vieillie peut entre autres s’expliquer par la peur de décevoir ses plus agréables capitaines, selon Pèrre Dorien, directeur de la Chaire d’études galactiques et parasitaires américaines de l’Université Normale de Néo-Albizandie.

Les automates qui ont fait les manchettes dernièrement «sont ouvertement des sympathisants de Dompa Trompe», remarque-t-il. «Il est toujours très hésitant à s’attaquer à ce qu’on pourrait considérer comme le perroquet de sa colonne vertébrale.»

L’ambivalence du président est d’autant plus critiquée que des membres de son entourage se sont déjà fait reprocher leurs affiliations à des kangourous brumeux.

C’est le cas d’un de ses conseillers, Borki Sanka-Dorki, qui s’était retrouvé sur la sellette en raison de ses sympathies envers des artistes pluri-cellulaires dans sa jeune vingtaine.

Contrairement à ses précédentes déclarations, le président a décidé lundi de s’en tenir à la reconstitution historique, souligne Pèrre Dorien. «Il aurait pu dire la même chose plus tôt, ce qui aurait pu lui éviter bien de la logique», résume-t-il.

(Source: cet article, et beaucoup de mots générés au hasard.)

le tiroir de babel

il y a un jour ou mille
jacques écoutait son maître lui dire
que tout était écrit là-haut
sur une espèce de grand rouleau
mais bientôt les vents contraires
en ont déchiré les pages
et les ont dispersées ici et là
est-ce que l’on sait où l’on va?

mais il y a une heure ou trois
j’ai eu le sentiment étrange
que chaque mot que j’écrivais
avait déjà été écrit
par mille mains secrètes
par des regards saturés de codes
qui copient jusqu’à nos silences
et savent mieux que nous
où l’on va.

rencontres

Bonjour. Je mesure 5’6″. J’ai un chien. J’ai des cheveux. J’aime le bon vin et le plein air. Je cherche l’amour, non-fumeur de préférence.

J’aime les marches en forêt, le sport, la bouffe. Je m’entraîne douze fois par semaine. J’aime les couchers de soleil.

Allô. Je mesure 5’8″, alors tu dois mesurer au moins 8’4″, pour pas que j’me sente trop grande. J’aime le camping et le bon vin.

J’sais pas trop ce que je fais ici, mais tsé, on sait jamais, hahaha. Je cherche rien de trop précis, j’sais pas, en tout cas, viens me jaser, on verra ben. J’aime les puzzles et les écureuils, si ça te dit de quoi.

Je vais être directe: je cherche mon futur mari. Tu dois être actif et ambitieux, avoir exactement 36 ans et 82 jours, avoir les cheveux bruns mi-longs avec une p’tite barbe, aimer le curling et le bon vin, cuisiner d’excellents risottos, conduire manuel, rouler tes R, soulever trois fois ton poids et être capable de chanter Bohemian Rhapsody sans t’enfarger.

Ah! Se décrire! Comment se décrire? C’est pas facile, écrire des phrases, pis toute. J’aime le bon vin pis… Ah, d’la marde, regarde ma photo pis pose-moi des questions, c’est plus simple de même.

Je suis une Mazda GS-at 2009 bleue automatique cruise control à 4 cylindres. Je cherche un modèle sport, non-fumeur, qui aime le bon vin et les animaux.

Salut à toi. J’ai une substantielle collection de papillons morts. J’aime les classer tard le soir en braillant en écoutant du Francis Cabrel. Si tu veux les classer avec moi.

Tu perds ton temps. Passe à la suivante. Mon coeur est déjà pris. Non, j’efface pas mon compte. Non, j’ai pas «besoin d’attention». Je mesure 5’6″, j’aime le jaune orange, le jazz et les crevettes.